Les nouveaux médicaments dans le myélome multiple

25 octobre 2012 16 h 04 min1 commentViews: 1100
Deux manifestations parmi les plus importantes pour les experts du myélome ont eu lieu en juin dernier. Le congrès de l’American Society of Clinical Oncology a réuni à Chicago plus de 25 000 professionnels de santé du monde entier, et l’European Hematology Association qui s’est tenu à Amsterdam a regroupé essentiellement les hématologues européens. L’actualité majeure issue de la recherche sur le myélome concerne l’arrivée de nouveaux traitements, appelés anticorps monoclonaux, dont les premiers résultats suscitent beaucoup d’espoir.

 

Elotuzumab et daratumumab, les espoirs d’une nouvelle classe de traitement

Le Pr Philippe Moreau a rapporté au congrès de l’EHA les premiers résultats d’une étude de phase 2 multicentrique d’un anticorps monoclonal, l’élotuzumab, chez 73 patients en rechute. L’élotuzumab est une molécule qui cible spécifiquement la protéine CS1, protéine qui n’est présente qu’à la surface des plasmocytes anormaux, et qu’on ne retrouve pratiquement pas sur les cellules normales. L’action de l’élotuzumab sur cette protéine entraîne la mort des cellules malades qui la portent.
Cet effet est ciblé, il provoque donc peu de toxicité. Quant à l’efficacité, le Pr Philippe Moreau indique : « Quand on associe cet anticorps, qui se donne par voie intraveineuse, au Revlimid® (lénalidomide) et à la dexaméthasone, on obtient des taux de réponse extrêmement élevés : chez les malades en 1ère rechute nous avons obtenu 100 % de réponse avec la dose de 10mg/kg. Et surtout on observe une durée de réponse beaucoup plus longue qu’avec Revlimid®-dexaméthasone ».

A l’heure actuelle, une étude de phase 3, appelée ELOQUENT 2, est en cours en France. Elle doit inclure 700 malades en rechute qui sont traités soit par Revlimid®-dexaméthasone, soit par Revlimid®-dexaméthasone et élotuzumab. « Si cette étude montre que l’anticorps monoclonal apporte un plus, poursuit le Pr Moreau, une demande d’enregistrement pourra être faite pour que ce médicament soit remboursé ». ELOQUENT 2 est une importante étude internationale, qui dépasse largement la France, mais une quinzaine de centres français y participe. D’autres études sont en cours, l’une associant l’élotuzumab au Velcade®(bortézomib) et à la dexaméthasone chez les malades en rechute, l’autre utilisant l’élotuzumab seul dans les myélomes de stade 1.

Un autre anticorps monoclonal a fait l’objet de communications très attendues aux 2 congrès de l’ASCO et de l’EHA. Il s’agit du daratumumab, qui cible une petite molécule à la surface des plasmocytes anormaux appelée CD38.  Il est administré également par voie intraveineuse. Le daratumumab semble extrêmement prometteur, très peu toxique, et plus efficace encore que l’élotuzumab, car il donne des résultats en monothérapie, c’est-à-dire utilisé tout seul. « A ces 2 congrès ont été présentés des résultats de l’escalade de doses, car on est en train de déterminer la dose optimale qui apporte le maximum de réponse sans donner de toxicité » explique le Pr Moreau. Des études de phase 2 vont débuter prochainement en Europe et certains centres français vont y participer, notamment Nantes et Lille. Dans ces essais, le daratumumab sera associé soit au Velcade® (bortézomib) et à la dexaméthasone, soit au Revlimid® (lénalidomide) et à la dexaméthasone.

Le carfilzomib en première ligne et de nouvelles stratégies

Le carfilzomib, nouvel inhibiteur du protéasome, petit cousin du Velcade® (bortézomib), poursuit son développement. Une équipe américaine a présenté les résultats d’une étude multicentrique du carfilzomib en première ligne de traitement, associé au Revlimid® et à la dexaméthasone (CRD). « Les résultats obtenus avec cette association sont vraiment tout à fait impressionnants, commente Philippe Moreau, avec des rémissions complètes profondes, des rémissions complètes dites « stringentes » dans 60 % des cas. Cette association très efficace va être testée par l’IFM avant de faire l’autogreffe ». L’arrivée de nouveaux médicaments va donc peu à peu modifier les schémas thérapeutiques actuels. Autre protocole qui pourra peut-être aussi transformer les standards de traitement, c’est l’étude IFM/DFCI 2009 en cours en France et aux Etats-Unis. Il évalue l’association Velcade®-Revlimid®-dexaméthasone (VRD) avec ou sans autogreffe. « Cette étude va apporter des réponses très intéressantes qui vont nous servir de base aux futurs protocoles, poursuit le Pr Moreau, dans lesquels nous allons essayer d’incorporer les nouveaux médicaments plus actifs et éventuellement moins toxiques, comme le carfilzomib ». Un autre inhibiteur du protéasome, le MLN9708, administré par voie orale pourrait également y trouver sa place à relativement court terme.

La bendamustine, un plus en rechute

Les résultats de l’essai IFM 2009-01 de phase 2 réalisé dans 34 centres français, qui a testé la bendamustine en association avec Velcade®-dexaméthasone en première rechute, ont été présentés au nom de l’IFM par le Dr Philippe Rodon au congrès de l’ASCO. « La bendamustine est un produit développé dans l’ancienne Allemagne de l’Est, explique Philippe Rodon. Il n’est pas nouveau, mais il n’avait pas été véritablement étudié jusqu’à présent ». Il s’agit d’une chimiothérapie qui combine 2 activités différentes, dont l’une est proche de celle des agents alkylants comme l’Endoxan® (cyclophosphamide) ou l’Alkéran® (melphalan).

« Le traitement de base des rechutes est l’association Velcade®-dexaméthasone, poursuit le Dr Rodon. Cependant l’impression générale est que le fait d’ajouter un agent alkylant pourrait améliorer de façon sensible les résultats. Et le but de cette étude était de montrer qu’avec l’adjonction d’un 3ème médicament, la bendamustine, le taux de réponse augmentait, sans toxicité excessive ».
La bendamustine a été donnée par voie intraveineuse (perfusion d’une heure environ) à des doses de 70 mg/m2, facilement tolérées par les 73 patients âgés ayant participé à l’étude.
« Les résultats sont conformes à nos prévisions, affirme le Dr Rodon, avec un taux de réponse incontestablement supérieur à celui que l’on obtient avec le Velcade®-dexaméthasone seul. Cette triple association mérite donc d’être considérée dans le cadre de la prise en charge des rechutes précoces de myélome ». La bendamustine a pour l’instant une AMM réservée à la 1ère ligne chez les patients ne pouvant recevoir ni thalidomide, ni Velcade®. « Il n’y a pas d’essai de phase 3 programmé, conclut le Dr Rodon, mais nous espérons que l’avenir permettra de dégager un  consensus pour que son utilisation en rechute puisse se faire ».

Source : www.myélome-patients.info

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